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Le Mot du Maire


Pendant que les cigales du Sud viennent chanter dans le Marais, que le mois de juin est plus chaud que le mois d’août, que nous mangeons des haricots verts en plein hiver, qu’on nous annonce une pénurie de beurre alors qu’il y a des vaches dans les près, que l’homme est capable de séjourner des mois dans l’espace pendant que ses semblables risquent leur vie en pleine mer pour fuir la misère, les guerres, la sécheresse, que beaucoup d’espèces animales et végétales sont en voie de disparition, faisons de sorte de sauver l’homme et la planète à laquelle il appartient comme disait Antoine de St Exupéry.

Aussi, je vous propose de partager une partie d’un discours d’un chef indien d’Amérique, texte écrit en 1854, mais toujours d’actualité.

S’adressant à son peuple, alors que le gouverneur de Washington lui propose d’acheter leurs terres, le chef indien disait :

Le grand chef de Washington nous a fait part de son désir d’acheter notre terre. Le grand chef nous a fait part de son amitié et de ses sentiments bienveillants.

Cependant, nous allons considérer son offre, car nous savons que si nous ne vendons pas notre terre au Gouverneur, l’homme blanc va venir avec ses fusils et la prendre de force.

Mais peut-on acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? Étrange idée pour nous ! Si la fraîcheur de l’air et le murmure de l’eau ne nous appartiennent pas, comment peut-on les vendre ?

Le moindre recoin de cette terre est sacré pour mon peuple. Le bourdonnement des insectes, tout cela est sacré dans la mémoire et la vie de mon peuple. La sève qui monte dans les arbres porte les souvenirs de l’homme rouge. Nous faisons partie de cette terre comme elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs, le cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères ; les crêtes des montagnes, le corps chaud du poney, et l’homme lui-même, tous appartiennent à la même famille.

Les cendres de nos pères sont sacrées. Leurs tombes sont une terre sainte, ainsi, ces collines, ces arbres, ce coin de terre sont sacrés à nos yeux. Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos pensées. Pour lui, un lopin de terre en vaut un autre, car il est l’étranger qui vient de nuit piller la terre selon ses besoins. Il traite la terre, sa mère, et le ciel, son père, comme des objets qu’on achète, qu’on pille, qu’on vend, comme des moutons ou des perles brillantes.

Nos voies diffèrent des vôtres. La vue de vos villes blesse les yeux de l’homme rouge. Il n’y a pas de lieu calme dans les villes de l’homme blanc, pas de place où entendre les feuilles qui se déroulent au printemps, ou le bruissement des ailes d’insectes. Et à quoi bon vivre, si l’homme ne peut écouter les palabres des grenouilles autour de la mare ? L’Indien préfère le doux bruit du vent effleurant la surface d’un étang. L’air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle ; les bêtes, les arbres, l’homme, tous participent au même souffle. L’homme blanc paraît indifférent à l’air qu’il respire. Mais, si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir que l’air nous est précieux, qu’à tous les êtres qu’il fait vivre il fait partager son esprit.

Nous allons considérer votre offre d’acheter notre terre à une condition : l’homme blanc devra traiter les bêtes, les arbres, l’eau, l’air, comme ses frères et sœurs. J’ai vu mille buffles pourrir sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d’un train en marche.

Qu’est l’homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait de grande solitude de l’esprit. Car tout ce qui arrive aux bêtes ne tarde pas à arriver à l’homme. Vous devrez enseigner à vos enfants que la terre, sous leurs pieds, est faite des cendres de nos grands-parents. Apprenez-leur que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Lorsque les hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux-mêmes. Nous le savons : la terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre.

Nous le savons, les hommes viennent et s’en vont, comme les vagues de la mer.
Ainsi, si nous vous vendons notre terre, aimez-la comme nous l’avons aimée. Prenez soin d’elle comme nous en avons pris soin. »

L’eau étincelante des ruisseaux et des fleuves n’est pas seulement de l’eau ; elle est le sang de nos ancêtres. Les rivières sont nos sœurs : elles étanchent notre soif. Ces rivières portent nos canoës et nourrissent nos enfants.

Le Maire, Rabah LAÏCHOUR